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Les gisements de biomasse énergétique en Guyane : la biomasse plantée

Plantations sylvicoles 

Les plantations sylvicoles destinées à la production de bois d’œuvre sont une voie de développement stratégique pour la filière forêt/bois guyanaise. Or, une plantation de bois d’œuvre produit du bois tout au long de sa production, non uniquement lors de la coupe finale.

Les arbres sont plantés en grand nombre, afin de favoriser le « gainage » : le fait que l’arbre pousse droit afin de chercher la lumière, ne développant pas trop de branches ou de fourches, défavorables à la qualité de la grume. Au fil de la croissance des arbres, il sera nécessaire d’effectuer des coupes« d’éclaircies » visant à libérer de la place afin permettre aux « tiges d’avenir » de se développer au mieux. Lors de ces éclaircies sont récoltés les arbres mal conformés, fourchus, ou simplement pénalisant la croissance d’un arbre de valeur supérieure.

Les produits de ces éclaircies sont donc par définition moins attractifs pour la filière forêt bois, en particulier dans les premières années car produisant des tiges de faible diamètre. Ce sont ces bois, issu du processus de gestion des plantations qui sont destinés à être, à terme, utilisés en biomasse énergétique.

Une fois de plus, la filière biomasse valorise ici un sous-produit d’une autre activité : l’objectif prioritaire de cette plantation est le bois d’œuvre qui sera vendu à un prix élevé en fin d’exploitation, le bois énergie étant cependant une ressource importante du point de vue de la trésorerie de l’exploitant et participera à la rentabilité de ces modèles sylvicoles émergents.

Cette source de combustible est intéressante pour la filière : elle sera accessible, et donc facilement mobilisable (les plantations seront certainement situées sur la bande côtière et sur des sites permettant un accès facile). Cette proximité est pour la filière biomasse comme pour la filière forêt bois un élément favorable à une rentabilité accrue comparée à celle du modèle actuellement pratiqué : celui d’une exploitation en forêt naturelle souvent plus lointaine et demandant ouverture de piste préalable et transport sur des distances conséquentes.

La biomasse d’origine agricole 

Ce gisement, qui sera constitué par de futures « cultures énergétiques » a des intérêts non négligeables pour la filière biomasse et les filières agricoles. Il permet en particulier la production de combustible localisée, moins soumis aux aléas et à coût maîtrisé.

Ces cultures représentent en effet une opportunité de diversification et de structuration pour les filières agricoles. Les producteurs de ces combustibles auront pour clients des industriels énergéticiens soucieux de sécuriser un approvisionnement sur le long terme.

Cette production de cultures à devenir énergétique pose cependant plusieurs questions telles que :

  • le conflit d’usage sur le foncier agricole ;
  • l’introduction ou l’utilisation de plantes exotiques pouvant être ou devenir envahissantes.

Conflit d’usage et déforestation indirecte :

La Guyane ne couvre aujourd’hui pas suffisamment ses besoins alimentaires, dans ce contexte, consommer des espaces agricoles pour produire de l’énergie peut être considéré comme problématique. Il est donc nécessaire pour les services de l’Etat et de la Collectivité Territoriale d’arbitrer le déploiement de ces cultures afin d’éviter une régression de la couverture des besoins alimentaires si les cultures énergétiques se révélaient plus rentables par exemple.

Les services de l’Etat sont ainsi en cours d’élaboration d’une doctrine visant à définir le modèle ou encore les types de foncier à favoriser pour ces productions. Cette doctrine a pour objectif de permettre l’accroissement de la couverture des besoins alimentaires sans pour autant priver le secteur agricole des revenus liés à ce type de productions ou le secteur énergétique de ce combustible.

Il s’agit ici de valoriser les systèmes fonctionnant en synergie : permettre de produire de l’énergie et de l’alimentation sur les mêmes parcelles et dans le même temps, donc sans conflit d’usage.
Ces synergies peuvent être par exemple : la valorisation de jachères plantées d’espèces amélioratrices de sol et récoltées pour la biomasse, des haires dans des parcelles agricoles, des arbres dans des périmètres maraîchers ou arboricoles (agroforesterie) ou dans des pâturages (sylvopastoralisme). L’idée est ici de favoriser la production de combustible ayant, lors de sa production, des intérêts agronomiques tels qu’une amélioration de la fertilité des sols, un effet « brise vent », la création d’ombrage…
Si des modèles de culture plus intensifs sont aussi envisagés car plus pratiques et plus rentables, les surfaces concernées et leur localisation devront être maîtrisées afin de ne pas pénaliser la production et l’acheminement de denrées alimentaires locales vers les centres de consommation guyanais.

Espèces exotiques envahissantes :

La Guyane ne dispose pas à ce jour de législation sur les Espèces exotiques envahissantes, l’administration compétente est chargée de produire cette liste courant 2018, afin de fixer quelles espèces seront utilisables, utilisables sous réserve de mesures précautions, non utilisables ou encore sujettes à un plan de lutte.
Donc, dans l’état actuel de la législation, tout investissement dans des cultures énergétiques exotiques (même si elles ont été introduites de longue date) s’appuyant sur une espèce susceptible d’être considérée comme invasive constitue un risque réglementaire pour l’investisseur.

Les autres sources de biomasse 

D’autres gisements de biomasse moins communs existent, tels que :

  • les bois de la retenue de Petit Saut : un projet d’exploitation des bois immergés de la retenue existe et est à l’étude par une entreprise spécialisée, il produira à la fois du bois d’œuvre et de la biomasse énergie ;
  • les déchets verts et boues d’épurations : des projets en cours d’étude sont intéressés à utiliser ces matières pour la production de biogaz à vocation énergétique. Le biogaz est produit par la fermentation des matières organiques. Ce type d’installation produit du gaz d’une part, et un digestat utilisable comme engrais d’autre part.